On venait voir de la danse et on a vu des corps indistincts qui ne bougeaient pas forcément.

Qu’est-ce que la danse contemporaine ?

Pour qui apprécie l’art chorégraphique, la danse contemporaine peut souvent dérouter : scènes sans corps, présence accrue d’autres arts ou technologies qui perturbent l’identité de la représentation. On epliquera dans ce livre que la danse cultive l’art de déjouer toute les tentative de substantialisation et que le projet d’être contemporain ne se confond pas avec celui de faire rupture avec l’histoire de la danse ou de l’art.

FRIMAT, François, Qu’est-ce que la danse contemporaine ?

Calé au fond de mon fauteuil, je distingue mal, dans une pénombre, quelques mouvements convulsifs d’un corps indistinct que je suppose évoluer au ras du sol, sur la scène.

Premiers pas

Évoquer la danse contemporaine à partir de la notion de danse ou de spectacle Hybride n’a rien d’original en soi, puisque nombre d’artistes revendiquent eux-mêmes cette dénomination depuis quelques années déjà. L’usage de l’expression a pour origine un fait : l’apparition de l’usage croissant des techniques numériques dans l’art chorégraphique. Mais il y avait aussi le désir de dépasser une autre expression qui fut un temps en vogue, celle d’« interdisciplinarité », ou de « pluridisciplinarité ». Cette dernière fut a raison jugée très insuffisante pour rendre compte de la spécificité du renouvellement en cours dans le domaine de la danse. On ne peut d’ailleurs qu’approuver cette volonté de dépassement qui lève toute confusion possible avec ce que ces anciennes notions véhiculent d’expérimentations hasardeuses dans le domaine pédagogique où, dans la pratique, l’interdisciplinarité a, malheuresement, souvent consisté à vouloir substituer au dialogue, possiblement fécond entre disciplines, un mixte improbable où se perdaient toutes les exigences fondatrices des disciplines elle-mêmes.

Il n’y avait pas forcément de musique, encore moins de décor. Cette faible lumière rasante m’oblige à me concentrer sur d’autres sens que la vue pour saisir ce qui se passe.

Christian Rizzo donne [...] à voir, depuis quelques années, une chorégraphie pour deux robes agitées par une soufflerie. Il n’y a, dans cette danse même plus présence d’un corps humain. Pour autant cette perplexité est déjà lourde de préjugés et d’habitudes concernant les notions d’oeuvre, de danse et de contemporanéité. Ces présupposés, induits par une longue tradition, sont souvent ceux que la danse contemporaine interroge, ceux qu’elle défie et dont elle se méfie. Le public, qui s’en remet le plus souvent aux programmes des différents lieux qui diffusent les spectacles, ne peut hélas espérer un aide quelconque pour s’expliquer à lui-même ce que l’on peut entendre par danse contemporaine aujourd’hui. Essayons de préciser.

Plus tard, il y aura une construction d’image compliquée délivrant une vue partielle d’un corps. On pourra alors identifier comme féminin sans que cela ait de l’importance et nous précise ce à quoi, enfin, on nous convoque.

À examiner ce qui se passe dans le moment de la recherche en studio pourrait naître l’idée que danser est une affaire, sous les auspices de l’auto affection qui lui est consubstantielle, qui ne se passe qu’entre soi et soi. Il est vrai que même à l’égard de certaines propositions présentées sur scène, on peut avoir l’impression d’être entré dans une salle comme par effraction et se trouver ramené à la situation d’un voyeur malgré lui regardant ce qui n’aurait pas dû lui être montré. Cependant, il serait naïf de penser également qu’une danse s’adresse à autrui seulement dans le cas de pièces collectives ou dans le cas d’une intention d’exhibition assumée. Le lieu de la première présence de l’altérité, nous l’avons vu, c’est le corps même du danseur, véritable «champ de bataille», selon l’expression de Sally Banes, puisque traversé en son mouvement par des courants de pensée, des idéologies, des rapports de forces, souvent en conflit. « À chaque nouvelle étape d’un « déplacement » dans les structures du corps et du mouvement, quelque chose est gagné sur l’histoire et surtout sur le destin. »